Une clause de non-concurrence sans contrepartie ne vaut rien

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Beaucoup de contrats de travail comportent une clause de non-concurrence sans que le salarié en mesure vraiment la portée au moment de signer. Or cette clause n’est valable qu’à condition de réunir plusieurs éléments précis, dont l’absence peut la priver purement et simplement d’effet.

Une contrepartie financière obligatoire, sinon la clause tombe

Une clause de non-concurrence limite la liberté du salarié à exercer un métier après son départ de l’entreprise. En contrepartie de cette restriction, la jurisprudence exige le versement d’une indemnité financière, due après la rupture du contrat, pendant toute la durée d’application de la clause. Une clause qui ne prévoit aucune contrepartie financière, ou qui prévoit un montant manifestement symbolique, est considérée comme nulle par les tribunaux, ce qui libère le salarié de toute obligation malgré l’engagement apparemment pris à la signature.

Cette exigence protège le salarié contre une clause qui l’empêcherait de retrouver un emploi dans son secteur sans aucune compensation. Elle a aussi une conséquence pratique pour l’employeur : faire respecter une clause de non-concurrence a un coût réel, ce qui explique pourquoi certaines entreprises l’insèrent par habitude dans leurs contrats sans toujours en tirer les conséquences financières au moment du départ.

La durée et le périmètre doivent rester proportionnés

Une clause de non-concurrence doit être limitée dans le temps et dans l’espace : une durée raisonnable, généralement de quelques mois à deux ans selon les secteurs, et une zone géographique cohérente avec l’implantation réelle de l’entreprise et de ses concurrents. Une clause qui interdirait toute activité dans le même secteur sur l’ensemble du territoire national, pour un poste dont l’activité réelle se limitait à une seule région, s’expose à être jugée disproportionnée.

Le périmètre professionnel visé doit lui aussi rester en rapport avec les fonctions réellement exercées : une clause rédigée de façon si large qu’elle interdirait pratiquement tout emploi dans le secteur d’activité du salarié risque, elle aussi, d’être remise en cause devant un conseil de prud’hommes. Ces critères s’apprécient au cas par cas, ce qui rend une lecture attentive de la clause, avant signature, plus utile qu’une contestation après coup.

Renoncer à la clause, une possibilité pour l’employeur

L’employeur conserve, dans de nombreux cas, la possibilité de renoncer à l’application de la clause au moment du départ du salarié, ce qui le libère de l’obligation de verser l’indemnité prévue. Cette renonciation doit en général respecter un délai fixé par le contrat ou la convention collective applicable, et être notifiée clairement au salarié, pas seulement évoquée verbalement lors de l’entretien de départ.

Un salarié qui quitte une entreprise sans nouvelle de son employeur sur ce point a intérêt à demander explicitement si la clause sera appliquée ou non, plutôt que de découvrir la réponse plusieurs mois plus tard, au moment où l’indemnité aurait dû être versée. Cette question rejoint directement ce qui se négocie autour de la rupture du contrat de travail, où chaque clause mal anticipée finit par peser sur les mois suivants.

Ce que risque un salarié qui ne respecte pas la clause

Quand une clause de non-concurrence est valide, le salarié qui l’enfreint s’expose au remboursement de l’indemnité déjà perçue, voire à des dommages et intérêts si l’employeur démontre un préjudice réel causé par cette concurrence. Un nouvel employeur qui embauche en connaissance de cause un salarié soumis à une clause valide peut lui aussi être poursuivi, ce qui explique pourquoi certains recruteurs demandent explicitement, en entretien, si le candidat est engagé par une telle clause avant de finaliser une embauche.

Cette réalité justifie de vérifier, dès la proposition d’embauche, si une ancienne clause de non-concurrence reste applicable, plutôt que de découvrir le problème une fois le nouveau contrat signé. Un candidat dans cette situation peut, et doit, en informer son futur employeur en amont : la transparence sur ce point évite un contentieux ultérieur qui pourrait coûter cher aux deux parties, l’ancienne comme la nouvelle entreprise.

Une clause à lire avant de signer, pas après de la subir

L’article consacré à la clause de non-concurrence rappelle que sa validité dépend de la réunion cumulative de ces conditions, et non d’une seule d’entre elles. Un salarié qui repère, avant de signer, une clause dépourvue de contrepartie financière ou manifestement disproportionnée peut demander sa modification en amont, ce qui reste plus simple qu’une contestation devant un conseil de prud’hommes une fois le contrat rompu.


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